
Deux phallus. Carrel restait toujours dubitatif devant cette statue de César. Il aimait bien son air crâne, sa noirceur, une certaine noblesse aussi. Mais précisément, cette allure lui semblait contradictoire avec la figuration explicite des organes génitaux de la créature : l'un placé en bas du ventre de l'homme, l'autre à l'arrière, entre les cuisses de la partie cheval.
Vraiment un drôle d'endroit pour un crime. Un carrefour. Un carrefour bordé d'immeubles habités. Même la nuit, l'endroit était relativement passant, reliant Saint-Germain des Près à Montparnasse. Tout près, plusieurs endroits ouverts, dont le Lutétia. Pas la foule, mais la possibilité d'un passant, d'un témoin. L'assassin avait donc la certitude d'opérer très rapidement et très discrètement.
Carrel posa la main sur l'épaule d'un des gamins qui avaient découvert le corps :
"Alors, pas trop froid ?
- Non monsieur, c'est bon, merci. On va devoir rester longtemps ici ?
- Non, nous avons prévenu vos parents, ils viennent vous chercher, je crois que vous avez tout dit. Merci d'avoir appelé en tout cas. D'autres se seraient barrés sans demander leur reste.
- Alors pour la peinture on laisse tomber ?
- Oui oui, c'est bon. Mais vous arrêtez de lui peindre les bijoux de famille, ok les gars ?
- D'accord."
Carrel leur sourit et revint vers le cadavre. Il s'accroupit devant lui pour mieux l'examiner. Assis contre le socle de la statue. Raide, le cou nu, les mains tordues paumes en l'air. Un homme d'environ 35 ans, mince, barbe de trois jours. Habillé comme un journaliste de revue branchée. Pardessus noir, pull fin en V, écharpe de cachemire défaite, jean bleu nuit, chaussures Paul Smith. Brun, yeux pâles, menton carré, joues creusées, peau mate. Un beau gosse. Le contenu des poches : trousseau de clefs comprenant clefs d'appartement et clef de scooter MP3, le scooter à deux roues frontales à 6000 €. Un iphone brisé, sans doute par l'agresseur. Un peu de monnaie. Un portefeuille à première vue intact.
Quatre couples arrivèrent, accueillis par des agents. Les adolescents coururent les rejoindre. Les parents, le visage fermé, les prirent dans leurs bras, l'œil presque soupçonneux envers la police. Carrel se dispensa des civilités d'usage et par un signe du menton donna l'ordre à son lieutenant d'aller s'occuper d'eux.
Toujours accroupi, il s'approcha un peu plus, pour observer la blessure. Deux trous nettements dessinés, d'environ 2 mm de diamètres, séparés de 3 cm. Un peu en forme de boutonnière. On devinait nettement l'épaisseur de la peau sous le noir du sang coagulé. Carrel se releva. Il regarda à nouveau le centaure, ses parties peintes en rose par les gamins du quartier depuis son installation en 1985. Il ne comprenait pas pourquoi un assassin aussi expérimenté, capable de tuer aussi sûrement et rapidement, s'amusait à maquiller son crime en morsure de vampire.

Suite de Vampires people dimanche 10 janvier 2010, à minuit.
Ce 3ème chapitre sera beaucoup plus long que les précédents.
Ce 3ème chapitre sera beaucoup plus long que les précédents.